La France se prépare à lancer Tibi 3, la troisième phase de son initiative de financement technologique public-privé, dont le déploiement est prévu de 2027 à 2030 et dont l’objectif central est de créer un écosystème de financement paneuropéen. Renforcée par le succès de ses deux premières phases, qui ont mobilisé plus de €15 milliards pour les entreprises technologiques, l’initiative vise à réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis du capital étranger en canalisant l’investissement institutionnel vers des secteurs stratégiques tels que la Deeptech et l’intelligence artificielle.
Le cadre de gouvernance de l’initiative s’est considérablement étendu depuis sa création, les comités techniques passant de 21 à 35 membres, selon le Trésor français. Ces comités, qui réunissent des entités publiques comme Bpifrance et la Caisse des Dépôts avec des assureurs privés et de gestionnaires d’actifs, sont chargés d’octroyer le label Tibi aux sociétés de gestion de fonds éligibles.
Bien qu’aucune annonce officielle n’ait été faite, des sources indiquent que la troisième phase devrait égaler ou dépasser les niveaux de financement précédents, selon La Tribune. La première phase a mobilisé €6,4 milliards entre 2020 et 2022, dépassant son objectif de 6 milliards d’euros, tandis que la seconde phase devrait lever jusqu’à €9 milliards d’ici 2026, dépassant son objectif de 7 milliards.
L’initiative opère principalement via un modèle de fonds de fonds, où l’analyse de 92 fonds non cotés approuvés révèle une orientation stratégique claire. La Deeptech domine les catégories d’investissement avec 27%, suivi par les logiciels à 23% et les plateformes en ligne à 22%, selon les données du Trésor. Les principaux sous-secteurs de la Deeptech comprennent la santé, l’énergie, la cybersécurité, la mobilité et l’intelligence artificielle.
Stratégie d’expansion européenne
L’ambition majeure de Tibi 3 est de se transformer en un modèle paneuropéen, répondant à la dépendance du continent vis-à-vis du capital étranger pour le financement des technologies en phase avancée. L’initiative française a déjà servi de modèle direct pour le Wachstumsfonds Deutschland (Growth Fund Germany) allemand, marquant une forte alliance franco-allemande dans la création d’un réseau de schémas de financement nationaux.
La stratégie prévoit de renforcer des véhicules paneuropéens tels que l’European Tech Champions Initiative (ETCI), gérée par le Fonds européen d’investissement. Selon la Banque de France, il existe des appels à étendre l’ETCI et à l’ouvrir aux investisseurs privés afin d’augmenter sa capacité financière.
Une proposition centrale consiste à créer des partenariats public-privé où le capital public européen co-investit aux côtés de fonds privés ayant des mandats paneuropéens, aidant à sécuriser l’investissement transfrontalier et à encourager une approche continentale plus unifiée.
Réponse du marché et défis
Une évaluation officielle par l’Inspection générale des finances a confirmé le succès de l’initiative en multipliant par trois l’investissement annuel dans les entreprises technologiques françaises à coût budgétaire quasi nul pour l’État. L’accueil du marché a été solide, les investisseurs institutionnels dépassant les objectifs de financement de Tibi 2 avec plus d’un an d’avance, selon le Trésor.
Cependant, étendre ce succès présente des défis importants. Reproduire le modèle français dans 27 environnements réglementaires différents demeure un obstacle majeur. Tout véhicule d’investissement paneuropéen sera soumis à l’examen des règles européennes sur les aides d’État et la concurrence, nécessitant une structuration soignée pour éviter toute distorsion du marché.
Le succès ultime sera mesuré par la capacité de l’initiative à canaliser des capitaux suffisants vers des secteurs stratégiques afin de créer des champions européens compétitifs à l’échelle mondiale, en particulier dans les secteurs Deeptech et Greentech.
Sources
- La Tribune
- Direction générale du Trésor
- Banque de France
- Inspection générale des finances

